vendredi 20 janvier 2017

Le 19 janvier, mémoire de notre
Saint Père MARC EUGENIKOS, Métropolite d'ÉPHÈSE
 et Confesseur de la Foi Orthodoxe

Ce luminaire de la Foi Orthodoxe brilla pendant la sombre époque où l'empire byzantin agonisant, acculé à la ruine économique et pressé de toutes parts par l'envahisseur turc, se trouvait placé devant la douloureuse alternative: ou tomber aux mains des infidèles et disparaître comme empire chrétien, ou se livrer à la domination orgueilleuse des hérétiques Latins, qui n'étaient disposés à accorder leur soutien financier et militaire qu'au prix d'une union des Eglises, ou plutôt de la soumission de l'Orthodoxie à la Papauté.

Né au sein d'une famille pieuse de Constantinople vers 1392, Saint Marc reçut une brillante éducation auprès des meilleurs maîtres de la capitale qui, quoiqu'appauvrie et dépeuplée, restait le centre culturel du monde chrétien. Il devint très tôt professeur à l'école patriarcale, mais abandonna la carrière académique, à l'âge de 26 ans, pour devenir moine dans un petit monastère proche de Nicomédie. Il y commença une vie d'ascèse intense et de prière; mais, sous la menace des Turcs, il dut bientôt se replier à Constantinople, dans le Monastère de Saint-Georges des Manganes. A la vie contemplative et au service des frères il joignait l'étude des Saints Pères, et il rédigea alors plusieurs traités dogmatiques dans la ligne de Saint Grégoire Palamas (voir 14 novembre) et quelques ouvrages sur la prière. Malgré son désir de rester effacé, sa science et sa vertu lui attirèrent l'estime de l'empereur Jean VIII Paléologue (1425-1448) qui préparait un grand concile d'union avec l'Eglise Romaine, dans l'espoir d'obtenir le soutien du pape et des princes européens. C'est par obéissance au monarque que ce pieux moine hésychaste accepta de monter sur la tribune de l'Eglise, d'être consacré Métropolite d'Ephèse et de prendre part à la délégation byzantine au titre de remplaçant des Patriarches de Jérusalem, d'Antioche et d'Alexandrie, et d'exarque du concile.

La délégation grecque, composée de l'Empereur, du Patriarche Joseph II (1416-1439), de vingt-cinq Evêques et d'une suite d'environ sept cents personnes, s'embarqua pour l'Italie dans un grand élan d'enthousiasme. Tout le monde était convaincu de réaliser rapidement l'Union désirée par tous les Chrétiens. Saint Marc aussi, loin d'être l'étroit fanatique que l'on présente souvent, partageait cette espérance, sans préjugés contre les Latins, mais en se tenant ferme sur le roc de la Foi. Pour lui, comme pour la plupart des Grecs, il ne pouvait être question d'union que dans le retour de l'Eglise Romaine à l'unité dans la charité qu'elle avait rompue par ses innovations. Mais dès leur arrivée à Ferrare, le pape Eugène et ses théologiens montrèrent de toutes autres dispositions. Par des détails de protocole d'abord, puis de manière de plus en plus évidente, ils traitèrent les délégués byzantins comme de véritables prisonniers, les empêchant de sortir de la ville et retardant de manière excessive la distribution des subventions promises pour leur entretien, si bien que certains Evêques furent réduits à vendre leurs effets personnels pour se nourrir.

Les sujets mis à l'ordre du jour étaient les suivants:

a) le dogme de la procession du Saint-Esprit et la question de l'addition de la formule «qui procède du Père et du Fils (Filioque) » au symbole de Foi1;
b) l'existence du Purgatoire;
c) l'usage du pain non fermenté (azyme) pour la Liturgie chez les Latins, et la question de la Consécration des Saints Dons par les seules paroles de l'Institution (Latins) ou par l'invocation du Saint-Esprit (épiclèse);
d) la primauté du pape. Comme les Latins se trouvaient en majorité écrasante, et que tout vote sur les questions dogmatiques aurait vu leur opinion adoptée d'avance, l'Empereur et le Patriarche retardèrent l'ouverture des débats sur les questions fondamentales, jusqu'à ce qu'on s'entende sur un autre mode de scrutin.

 En attendant, on décida de discuter de la question secondaire du Purgatoire. En réponse aux arguments des théologiens latins Saint Marc prit la parole au nom de l'Eglise Orthodoxe: «Certes les âmes des défunts peuvent bénéficier d'un certain "progrès", et même les damnés d'un relatif "soulagement" de leur sort, grâce aux prières de l'Eglise et par la miséricorde infinie de Dieu; mais l'idée d'un châtiment avant le Jugement Dernier et d'une purification par un feu matériel est tout à fait étrangère à la tradition de l'Eglise». Les plus avertis constatèrent bien vite que deux mondes s'affrontaient et que toute discussion doctrinale aboutirait nécessairement à une impasse. Les semaines passaient sans aucun progrès. La peste ayant interrompu la discussion sur le Purgatoire, on passa à la question brûlante de l'addition arbitraire du Filioque dans le symbole latin. Le Métropolite d'Ephèse éleva à nouveau fermement la voix de la conscience de l'Eglise: «Le Symbole de la Foi doit être conservé intact, comme à son origine. Tous les Saints Docteurs de l'Eglise, comme tous les Conciles et toutes les Ecritures nous mettent en garde contre les hétérodoxes, dois-je malgré ces autorités, suivre ceux qui nous incitent à nous unir derrière une façade de fausse union, eux qui ont adultéré le Saint et Divin Symbole et introduit le Fils comme cause seconde du Saint-Esprit?».

Au bout de sept mois d'attente stérile et de vains palabres, le pape Eugène IV fit transférer le concile à Florence. Une fois installé, on décida d'aborder enfin la question dogmatique. L'esprit constamment fixé en Dieu et purifié par la prière, Saint Marc put exposer, avec une claire sobriété, la Doctrine de l'Ecriture et des Saints Pères sur la procession du Saint-Esprit. Quand les théologiens latins prirent la parole, ils accablèrent l'auditoire, au cours de séances interminables, par des arguments subtils, soutenus par tout un appareillage rationnel et par quantité de citations des Pères tirées hors de leur contexte ou faussement interprétées. Le combat ressemblait à celui de David contre Goliath (I Sam. 17:32 sv). Pendant ce temps, les Métropolites de Nicée, Bessarion, et de Kiev, Isidore, devenus partisans acharnés de l'union -soit par ambition personnelle (ils devaient en effet devenir par la suite tous deux cardinaux du pape), soit par la vieille hostilité du courant humaniste contre l'Hésychasme et le Monachisme, représentés par Marc-, s'ingéniaient dans les coulisses à convaincre les autres prélats que les Latins ne se sont pas séparés de la vérité et que leur doctrine du Saint-Esprit n'est pas hérétique, mais qu'ils ont seulement développé l'enseignement traditionnel dans leur propre langage. Accablés par un long désœuvrement, par le manque de subsides et par la morgue des Latins, inquiets du sort de la capitale menacée et se sentant pris au piège, les Evêques se laissèrent peu à peu gagner à la cause d'une union de compromis, pour laquelle l'Empereur et le Patriarche ne cessaient de faire pression. Le débat dogmatique aboutissant, comme toutes les autres discussions, à une impasse, on voulait en finir, quitte à se rétracter une fois rentré en terre byzantine. Malgré les pressions et les injures de ses adversaires, Saint Marc restait inflexible: «Il n'est pas permis de faire des accommodements en matière de Foi» déclarait-il. Il avait réalisé qu'il était inutile de vouloir s'opposer par la parole aux sophismes des Latins, et comme la dissension allait croissant parmi les Byzantins, il décida de se retirer de la lutte et de montrer sa réprobation en souffrant en silence. Les Latins prirent alors de l'assurance, ils refusaient eux aussi le compromis et exigeaient désormais la reconnaissance par les Grecs du Filioque et l'adoption de certains de leurs usages liturgiques. Les dernières résistances de la conscience des Grecs ayant été vaincues sur l'ordre de l'Empereur, tous signèrent finalement le décret de la fausse Union. D'Union, on ne pouvait en effet pas parler en vérité, puisque lors de la Liturgie solennelle, célébrée devant le pape et tout le concile, le 6 juillet 1439, on lut certes le décret dans les deux langues, mais aucun Grec ne communia et les deux délégations, situées de part et d'autre de l'Autel, n'échangèrent même pas le baiser de paix.

Saint Marc avait été le seul à refuser de signer. Lorsque le pape Eugène l'apprit, il s'exclama: «L'Evêque d'Ephèse n'a pas signé, alors nous n'avons rien fait! » Il convoqua le Saint et voulut le faire condamner comme hérétique; mais, grâce à la protection de l'Empereur, celui-ci put rentrer à Byzance avec le reste de la délégation.

En arrivant à-Constantinople, après dix-sept mois d'absence, les artisans de la fausse Union furent reçus par le mépris et la réprobation générale du Clergé et de la population. L'assemblée des Croyants, le Peuple Saint, le Sacerdoce Royal (I Pierre 2:9), qui est porteur de la plénitude de la vérité et reste le critère ultime de la validité des Conciles, le peuple rejetait unanimement le pseudo-concile de Florence et désertait les églises de quiconque était en communion avec les unionistes, alors qu'il saluait Saint Marc comme un nouveau Moïse, comme un Confesseur de la Foi et comme la colonne de l'Eglise. Sortant de son silence, le Saint partit alors en campagne contre l'Union, ou plutôt pour rétablir l'unité de l'Eglise Orthodoxe, par sa prédication et ses écrits, et aussi par ses larmes et ses prières. Il disait: «Je suis convaincu qu'autant je m'éloigne d'eux (les unionistes), autant je m'approche de Dieu et de tous les Saints, et autant je me sépare d'eux d'autant plus je m'unis à la Vérité». Quand on procéda à l'élection du nouveau Patriarche, Métrophane, il dut s'enfuir de Constantinople pour échapper à la Concélébration forcée avec lui, et se rendit dans son diocèse, Ephèse. Mais il se heurta là aux unionistes et repartit, espérant trouver refuge au Mont Athos. Il fut arrêté en route et placé, par ordre de l'empereur, en résidence forcée dans l'île de Lemnos. Libéré en 1442, il retourna dans son monastère, d'où il continua la lutte jusqu'à son dernier souffle (23 juin 1444). Sur son lit de mort, le Confesseur confia le flambeau de l'Orthodoxie à son ancien élève, Georges Scholarios, qui s'était laissé gagner un moment à la cause de l'Union mais se repentit. Celui-ci devint un ardent défenseur de la Foi et fut le premier Patriarche de Constantinople après la prise de la ville, sous le nom de Gennade (voir sa mémoire le 31 août).

La croisade des puissances européennes, levée par le Pape, ayant lamentablement échouée lors de la défaite de Varna (10 nov. 1444), rien ne pouvait plus faire obstacle à l'offensive turque. En désespoir de cause, on réussit à faire proclamer officiellement l'Union à Constantinople, en décembre 1452, mais sans obtenir l'aide espérée de l'Occident. Finalement lors de la prise de Constantinople, le 29 mai 1453, la fausse union des Eglises se consuma sous les cendres et les décombres de la cité terrestre laissant la Foi Orthodoxe vivante et inaltérée pour le salut du Peuple Chrétien.
LA CONFESSION DE FOI

 de saint Marc d’Ephèse

Nourri, par la grâce de Dieu, dans les dogmes de la piété, et suivant en tout et par tout l’Eglise sainte et catholique, je crois et je confesse Dieu le Père, seul sans origine ni cause, mais source et cause du Fils et du Saint Esprit : car de Lui naît le Fils, et lui procède l’Esprit, sans que le Fils contribue en rien à la procession, parce que l’Esprit non plus ne contribue nullement à la Génération, ou parce que leurs Provenances sont simultanées et conjointes l’une à l’autre, comme l’enseignent les Pères théologiens (saint Jean Damascène, De Fide 1, 8). Car c’est aussi pour cela que l’Esprit Saint est dit procéder par le Fils, c’est-à-dire avec le Fils, et comme le Fils, quoique non par engendrement comme ce dernier. Mais le Fils n’est pas dit engendré par l’Esprit, de peur que, le nom du Fils étant un terme relatif, on n’aille croire qu’il est le Fils de l’Esprit.

Il s’ensuit également que l’Esprit est dit Esprit du Fils à cause de leur identité de nature et du fait que c’est par le Fils que l’Esprit est apparu et qu’il est donné aux hommes ; mais le Fils n’est pas et pas dit Fils de l’Esprit, selon Grégoire de Nysse.
Que si l’expression "procéder par le Fils" indiquait, comme le prétendent les néo-théologiens, la cause de l’Esprit, et non le fait qu’il resplendit par le Fils, qu’il est apparu par lui, et, absolument parlant, le faite qu’ils sortent tous deux conjointement et s’entr’accompagnent selon les mots de Damascène (De Fide 1,7), le héraut de Dieu, jamais les théologiens que voici ne refuseraient à l’unanimité, et en termes exprès, le rôle de cause au Fils.

L’un de déclarer en effet : "Le Père est seule source", c'est-à-dire seule cause "de la Divinité suressentielle" et c’est en quoi il se distingue du Fils et de l’Esprit (Denys l'Aréopagite. Des noms divins; 2,5).

Un autre : "Seul inengendré et seule source de la divinité : le Père" c'est-à-dire que seul il est cause aussi bien que seul non-causé (Athanase d'Alexandrie. Contre les Sabelliens; 2).

Un troisième : "Le tout du Père est au Fils sauf d’être cause" (Grégoire le Théologien. Discours 34;10.)
Un autre affirme que : "les gens de Rome non plus ne font pas du Fils la cause de l’Esprit"
(Maxime le Confesseur. Lettre à Marin; PG 91,136 ).

Tel autre que : "Le Père est le seul causateur" ; le même, ailleurs : " Pour le Fils, nous le disons point cause ni Père" ; ailleurs, encore : "Tout ce qu’implique la notion de source, de cause, de géniteur, ne doit s’appliquer qu’au Père seul" (Jean Damascène. De Fide; 1,12 ).

Non, jamais Damascène, qui est extrêmement précis dans sa théologie, attribuant le "par" au Fils, ne bannirait le "de, issu de" comme il le fait dans son traité théologique au chapitre huit, en ces termes : "Nous ne disons pas Esprit issu du Fils mais nous le nommons Esprit du Fils et confessons que c’est par le Fils qu’il est manifesté et nous est transmis" (PG 94, col.849) ; puis de nouveau, au chapitre treize du même ouvrage : "Esprit du Fils, non comme issu de lui, mais comme procédant par lui du Père ; car le Père est seul causateur" (Idem. Col.849). Ensuite, dans l’Epître à Jordan, vers la fin : "Esprit enhypostatique, fruit de la procession, fruit de la projection ; venant par le Fils, et non du Fils, comme le Souffle de la Bouche de Dieu, héraut annonciateur de Verbe" (PG 95, 60). Enfin, dans l’homélie sur l’ensevelissement du corps théandrique du Seigneur où il s’exprime ainsi : "Esprit Saint de Dieu le Père, parce qu’il procède de lui, il est également appelé Esprit du Fils, non qu’il tire de celui-ci son existence, mais parce qu’il est manifesté par le Fils et par lui transmis à la création" (PG 96, 605).
Car il est bien clair que partout où la préposition "par" indique un moyen terme causant et une cause prochaine, comme les latins veulent que ce soit le cas ici, elle équivaut absolument à la préposition "de" et les deux tours s’emploient indifféremment ; ainsi "j’ai acquis un homme par Dieu" (Gen. 4.1) revient au même que "de Dieu" ; et "l’homme vient par la femme" (Cor. 11, 12) veut dire "de la femme".

Il en résulte que dans les cas où la préposition "de" est proscrite, l’idée de cause se trouve évidemment proscrite avec elle.

Reste donc que les mots "procéder du Père par le Fils" signifient dans le style de la théologie succincte, que l’Esprit qui procède du Père, est rendu manifeste, se fait connaître, resplendit ou apparaît par le Fils.

"Tel est en effet, dit Basile le Grand, le signe lui appartenant, auquel se reconnaît sa propriété hypostatique : c'est d'être connu avec le Fils et conjointement à lui, et de tirer du père son existence hypostatique" (Lettre 38,4). Voilà donc ce que l'expression "par le Fils" veut encore dire: le fait d'être connu avec lui. En effet, on n'attribue ici à l'Esprit nulle autre propriété singulière par rapport au Fils, que le fait d'être connu avec Lui ; et nulle autre, par rapport au Père, que le fait de tirer de Lui son existence hypostatique. Si donc le propre, à strictement parler, n'a pour corrélatif que cela précisément dont il est le propre, l'Esprit Saint n'a pas d'autre relation au Fils que le fait "d'être connu avec lui"; de même qu'il n'a pas d'autre relation au Père, que le fait de tirer de lui son existence hypostatique.

Ce n'est donc pas du Fils que l'Esprit Saint tire son existence hypostatique ou qu'il tient l'être. S'il en allait autrement, en effet, qu’est ce qui empêcherait de dire "par le Fils procède l'Esprit Saint", exactement comme on dit: "par le Fils tout est venu à l'être"? Or, tandis que cette dernière formule se dit effectivement, la préposition "par" étant mise pour "de", la première, en revanche ne se dit pas, et on ne saurait nulle part la trouver telle quelle, sans mention du Père ; car on dit toujours "du ère par le Fils". Et ces mots ne confèrent pas nécessairement le rôle de cause au Fils; c'est aussi pourquoi l'expression "du Fils" au sens de "issu du Fils" est absolument introuvable et explicitement proscrite.

II) Les voix des Pères et des Docteurs occidentaux qui attribuent au Fils la cause de l'Esprit, je ne les reconnais ni ne les accepte - car elles n'ont jamais été seulement traduites en notre langue ni examinées par les conciles œcuméniques et je présume qu'elles ont été falsifiées et altérées; témoin, entre mille, ce texte* du septième concile œcuménique présenté par eux tout récemment, dont le credo comporte l'addition faite au Symbole; lu en séance, ce document les a inondés de honte, et de quelle honte, les personnes alors présentes le savent. Par le fait, jamais ces Pères n'ont pu dire dans leurs écrits le contraire des conciles œcuméniques et de leurs dogmes communs, ni s'y opposer aux docteurs d'Orient, ni même simplement diverger d'avec eux, comme tant d'autres passages de ces mêmes Pères en font foi.
C'est pourquoi je condamne comme inauthentiques ce genre de témoignages périlleux sur la procession du Saint Esprit, et, m'accordant à saint Jean Damascène, je ne dis pas l'Esprit issu du Fils, quand même un autre, quel qu'il soit, semblerait le dire; je ne dis pas non plus le Fils cause ni projeteur de l'Esprit, crainte de reconnaitre dans la Trinité un second causateur et par là deux causateurs et deux principes.
Alors, en effet, la cause n'est pas même un attribut de l'essence - auquel cas elle serait une et commune aux trois Personnes - et c'est pourquoi, par aucun biais ni aucun moyen, les latins ne pourront échapper aux deux principes, tant qu’ils diront que le Fils est principe de l'Esprit. Or, être principe est un attribut personnel, et qui distingue les personnes entre elles.

* Les Latins présentèrent, en effet, un manuscrit, qu'ils disaient fort ancien, des Actes du VIe Concile, comportant le "filioque". Les orthodoxes n'eurent aucun mal à prouver qu'il s'agissait d'un faux.

III) Suivant donc en tout les sept conciles œcuméniques et les Pères qui y ont brillé de l'éclat de la sagesse divine :
Je crois en un seul Dieu, le Père tout -puissant, Créateur du ciel et de la terre et de toutes les choses visibles et invisibles.
- Et en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles, Lumière de Lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré, non créé, consubstantiel au Père, par qui tout a été fait.
-Qui, pour nous hommes, et pour notre salut, est descendu des cieux, s'est incarné du Saint Esprit et de Marie la Vierge et s'est fait homme.
-Il a été crucifié pour nous sous Ponce -Pilate, a souffert et a été enseveli et il est ressuscité le troisième jour selon les Ecritures.
-Et il est monté au ciel et siège à la droite du Père, d'où il reviendra en gloire juger les vivants et les morts et son règne n'aura point de fin.
-Et en l'Esprit Saint, Seigneur, qui donne la vie, qui procède du Père, qui est adoré et glorifié avec le Père et le Fils, qui a parlé par les prophètes.
-En l'Eglise, Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Je confesse un seul baptême en rémission des péchés. J'attends la résurrection des morts et la vie du siècle à venir. Amen.

IV) Cette doctrine et ce Symbole sacré de la Foi exposés par les premier et second conciles, ratifiés et confirmés par tous les autres, je les accepte et je les garde de toute mon âme; je reconnais et j'embrasse également, outre les sept conciles susdits, le concile qui s’est réuni ensuite, sous le règne du pieux empereur de Rome Basile et le patriarcat du très saint Photios et qu'on appelle même huitième œcuménique*; avec la participation des représentants de Jean, le bienheureux pape de l'ancienne Rome, -j'ai nommé les évêques Paul et Eugène et le prêtre et cardinal Pierre-, ce concile tout d'abord a ratifié et proclamé le septième concile œcuménique et décrété de le mettre au rang des précédents; en second lieu il a rétabli sur son trône le très saint Photios. Enfin il a condamné et anathématisé, exactement comme les conciles antérieurs, ceux qui osent innover en ajoutant, ôtant ou modifiant quoi que ce soit du Symbole énoncé ci-dessus: "Celui qui osera déclare-t-il en effet, composer un autre symbole que celui-là, ou faire à ce Symbole sacré une addition ou une soustraction, et aura l'audace de l'appeler règle de foi, qu'il soit condamné et rejeté de toute communion chrétienne" (Mansi. Tome 17 ; col. 520 E).

Le pape Jean, écrivant au très saint Photios, dit la même chose, de façon plus développée et plus claire encore, au sujet de l'addition faite au Symbole. Ajoutons que ce concile a édicté des canons qui se trouvent dans tous les recueils canoniques.
* Concile de 879 à Constantinople. Le témoignage de Marc d'Ephèse est ici important. Il montre que ce Concile, qui a condamné le "filioque" et le papisme, est considéré par l'Eglise Orthodoxe comme le vrai huitième Concile Œcuménique.

V) Conformément donc aux décrets de ce concile et des précédents, je juge qu'il faut garder immuable le Symbole sacré de la Foi, tel qu'il a été exposé; et recevant ceux que les conciles ont reçus, rejetant ceux qu’ils ont rejetés, je n'entrerai jamais en communion avec ceux qui ont osé ajouter dans le Symbole l'innovation relative à la procession du Saint Esprit, tant qu'ils persisteront dans ce genre d'innovations. Il est dit en effet: "Que celui qui communique avec un excommunié soit lui-même excommunié".

Et le divin Chrysostome, expliquant les paroles de l'Apôtre: " Si quelqu'un vous annonce un évangile qui diffère de celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème!" déclare ceci: "L'Apôtre n'a pas dit: "s’ils vous annoncent le contraire" ni "s'ils mettent tout sens dessus-dessous", non; mais bien "Quand même leur évangile ne diffèrerait que pour un détail, de celui que vous avez reçu; quand même ils ne dérangeraient que l'accessoire, qu'ils soient anathème!". Le même dit encore: «Il faut tempérer, non transgresser la loi" (Commentaire Ep. aux Gal. 1,7.).

Et Basile le Grand, dans ses "Ascétiques": "C'est manifestement déchoir de la foi et faire preuve d'orgueil, que de condamner une des choses écrites ou d'en introduire de non écrites, alors que Notre Seigneur Jésus Christ a dit:"Mes brebis entendent ma voix", et un peu auparavant: "Elles ne suivront pas un étranger, mais fuiront de devant lui, car elles ne connaissent pas la voix des étrangers". Et il écrit aux moines: "Ceux qui font semblant de confesser la Vraie Foi et communient avec les hétérodoxes, si après avoir été avertis, ils ne rompent pas cette communion, non seulement il ne faut pas avoir de relation avec eux, mais même ne plus les nommer frères" (PG 31, 680).
Et avant ces Pères, Ignace le théophore écrivait au divin Polycarpe de Smyrne: "Quiconque parle contre les ordonnances, quand même il serait de bonne foi pratiquerait le jeûne, garderait la virginité, opérerait des miracles ou ferait des prophéties, considère-le comme un loup, travaillant sous une peau de brebis, à la mort des brebis".

Et que servirait de parler davantage?
Tous les docteurs de l'Eglise sans exception, tous les conciles et toutes les divines Écritures exhortent à fuir les hétérodoxes et à se départir de leur communion.
Et je les mépriserai tous et toutes pour m'en aller suivre ceux qui appellent à l'union sous le prétexte d'une paix factice? Ceux qui ont falsifié le Symbole divin et sacré et admettent le Fils comme second causateur du Saint Esprit?
Car je laisse de côté pour le moment les autres absurdités dont une seule eût suffit pour nous faire rompre avec eux.


Puissé-je, Consolateur, Toi qui es bonté, ne jamais connaître ce sort, ni devenir à ce point étranger à moi-même et aux raisonnements convenables!
Puissé-je, attaché à Ton enseignement et à celui des hommes bienheureux que tu inspiras, faire à mes Pères une seule addition - la seule chose que je remporterai d'ici - la piété !

jeudi 19 janvier 2017

Luther ne voulait pas « diviser » l’Église mais la 
« renouveler », affirme le pape????

Peut être que le "Pape" pourrais lire saint Marc d’Éphèse dont nous faisons mémoire en ce jour!

vendredi 13 janvier 2017


Sur orthodoxie.com:
La Commission spéciale de la Sainte Communauté du Mont Athos demande que soient apportées des modifications au texte du Concile de Crète intitulé « les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien »


« À la Sainte Montagne, le 13/26.11.2016

Nous nous adressons à Votre Révérence, fraternellement dans le Seigneur,

Considérant qu’il « convenait que les documents officiels finaux du Concile fussent examinés sobrement, leurs éléments positifs, appréciés, et que les imprécisions éventuelles contenues dans ceux-ci, nécessitant des clarifications, fussent de même relevées », la Sainte Synaxe Double référencée 203/23.9.2016 nous a confié l’étude et l’évaluation des textes finaux du Saint et Grand Concile qui s’est tenu en Crète (du 16 au 27 juin 2016), avec la rédaction d’un texte à leur sujet.

Ayant conscience de notre faiblesse, de la difficulté du travail qui nous a été remis, mais aussi du poids que représente la responsabilité devant la tradition de confession [de foi] athonite plus que millénaire, mais aussi récente, nous implorons avec insistance les intercessions de la Protectrice de notre saint Lieu, la Souveraine Mère de Dieu et des vénérables Pères athonites, sachant que la fondation de toute position théologique doit jaillir de l’expérience, dans le Saint-Esprit, de la Tradition apostolique de l’Église, comme en disposaient les Pères saints et théophores et pour laquelle nous-mêmes luttons, par la grâce de Dieu, afin d’y participer.

Le lien indissoluble de la sainteté et de l’expression authentique de la Tradition de l’Église, lequel existe uniquement chez les saints Pères, est la seule approche du cheminement dans le Saint-Esprit de l’Église orthodoxe militante dans le monde, mais aussi du salut en Christ de chacun de ses membres. Il en ressort que nous ne pouvons pas ne pas prendre en considération tout ce qui a été dit et écrit à ce sujet, par les Athonites et les non-Athonites, par les plus récents et les plus anciens, par les saints reconnus et les figures sanctifiées de l’Église orthodoxe.

Les huit textes finaux du Saint et Grand Concile qui a été tenu en Crète, publiés sur sa page internet[1] sont appelés « documents officiels » et sont, dans l’ordre, les suivants :

1. Encyclique du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe
2. Message du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe
3. L’importance du jeûne et son observance aujourd’hui
4. Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien
5. L’autonomie et la manière de la proclamer
6. La diaspora orthodoxe
7. Le sacrement du mariage et ses empêchements
8. La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain

La présentation détaillée de ceux-ci dépasse le cadre de la mission qui nous est confiée, mais aussi les possibilités de notre commission, aussi nous limiterons-nous à des observations partielles dans l’esprit de la décision de la Synaxe Double n°203/23.9.2016.

I. La Sainte Montagne suit avec amour et attention l’inquiétude de pieux chrétiens relativement au Saint et Grand Concile et aux documents conciliaires. La Sainte Communauté ne souhaiterait pas rester sourde aux demandes de nos frères moines athonites et des fidèles dans le monde. Elle s’efforce en effet en premier lieu de professer la vérité concernant le dogme et l’ethos et, ensuite, de parler avec hardiesse, lorsque la Foi et les commandements évangéliques sont en danger. Elle parle ou reste silencieuse, avec discernement, de telle façon que l’Église soit édifiée et que le peuple de Dieu soit affermi.

Ayant en vue l’unité de l’Église qu’elle comprend comme unité de la Foi et vie en Christ dans le Saint-Esprit, la Sainte Communauté du Mont Athos a parlé avec discernement et hardiesse de la nécessité de modifier les textes préconciliaires du Saint et Grand Concile par sa lettre du 12/25 mai 2016 à Sa Toute-Sainteté Mgr Bartholomée, laquelle a été communiquée aux Primats des autres Patriarcats et Églises autocéphales. Elle demandait par celle-ci des modifications concrètes des textes préconciliaires, comme l’ont fait au demeurant la quasi-totalité des Églises orthodoxes.  

La parole conciliaire authentique « selon les théologies inspirées des Pères et le pieux esprit de l’Église[2] » est une parole de salut. Elle fait la distinction entre l’esprit divino-humain et l’esprit anthropocentrique (humaniste) des hommes, celui des religions et des Confessions chrétiennes qui se trouvent en dehors de l’Église. Elle sert le besoin le plus profond de l’homme pour la  connaissance du véritable Dieu et le destin de l’existence humaine. L’homme contemporain qui navigue et se perd dans le tumulte, les soucis et les impasses, a besoin, en premier lieu de « la vérité de la vie nouvelle divino-humaine en Christ[3] », laquelle existe seulement dans l’Église orthodoxe, étant donné qu’elle seule constitue la communion des Saints et offre la communion dans le Saint-Esprit avec le seul Saint, le Dieu dans la Trinité.

La Sainte Communauté a demandé la modification des textes préconciliaires, afin que fût donné au monde une parole conciliaire de l’Église orthodoxe exempte des éléments qui ne sauvent pas, mais emmurent dans le siècle présent. Pour ce faire, la Sainte Communauté s’est alignée sur une longue tradition de confession de la Foi, de la conscience qu’a d’elle-même l’Église, et de l’ecclésiologie orthodoxe, mais aussi sur le soutien expérimenté du Patriarcat œcuménique dans le port de sa croix.

1. La demande de la Sainte Communauté était que les hétérodoxes ne fussent point reconnus comme Église, car seule l’Église orthodoxe est l’Église une, sainte, catholique et apostolique[4].
2. Elle a également demandé qu’il soit souligné que les dialogues avec les hétérodoxes ont pour but le retour de ces derniers dans l’Orthodoxie et à l’unité de l’Église dans le Saint-Esprit.
3. Conformément à l’esprit et à la lettre de ses textes précédents à caractère de confession, la Sainte Communauté a demandé au Saint et Grand Concile de tenir compte de ses objections justifiées à la participation des Églises orthodoxes au « Conseil œcuménique des Églises » (COE), ainsi que de son opposition aux prières communes, interdites par les saints canons, les baisers liturgiques [cf. le baiser de paix avec les hétérodoxes au cours de la Liturgie, ndt], et tout ce qui donne l’impression que « nous sommes la même chose » [avec les hétérodoxes, ndt].
4. Une autre demande fondamentale de la Sainte Communauté du Mont Athos était aussi que fût formulée avec netteté que la conscience ecclésiale reconnaît comme « juge ultime » au sujet des questions de foi, la conscience du plérôme de l’Église[5], parfois exprimée par ses membres isolés et confirmée finalement par la décision conciliaire des évêques orthodoxes.
5. Enfin était demandé qu’il fût fait référence aux Grands Conciles de l’Église orthodoxe qui ont eu lieu après le VIIe Concile œcuménique, sous Photius le Grand (879-880), Saint Grégoire Palamas (1341-1351), et à Constantinople (1282-1284 et 1484), lesquels ont annulé les pseudo-conciles unionistes de Lyon et de Florence. Cette référence a été considérée nécessaire par la Sainte Communauté, étant donné que par leur enseignement, les différences dogmatiques et ecclésiologiques avec les hétérodoxes (sur le Filioque, la grâce créée, la primauté papale, etc) sont tirées pleinement au clair, et des bases saines sont ainsi posées aux dialogues théologiques bilatéraux.
6. Dans le texte « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain », nous avons proposé, en tant qu’Athonites et héritiers de la tradition ascétique hésychaste, une référence très développée à l’enseignement orthodoxe sur l’ascèse en Christ, la prière du cœur et la déification de l’homme, tel qu’il a été formulé, principalement, par saint Grégoire Palamas, et qui est réalisé uniquement dans l’Église, par la grâce de Dieu, et non indépendamment de l’Église, à savoir par les différentes techniques psychosomatiques erronées que l’on rencontre dans les courants mystiques, anciens et nouveaux.

II. Le Saint et Grand Concile s’est finalement réuni dans les circonstances et dans la composition que l’on connaît et a mené à terme ses travaux, avec des discussions théologiques difficiles et nombreuses, ce qui est habituel lors des conciles.

Au nombre des points positifs du Concile, il faut relever le fait que Sa Toute-Sainteté le Patriarche œcuménique a dirigé les débats de manière exemplaire et a permis, dans le cadre du règlement, la libre expression des points de vue théologiques.

C’est également un fait que la plupart des évêques, bien que sous la forme de délégations, sont venus au Saint et Grand Concile pour confirmer la conscience qu’à d’elle-même l’Église une, sainte, catholique et apostolique et non pour approuver une quelconque ligne œcuméniste.

Nous ne pouvons pas non plus ignorer la remarquable tentative des Primats et des hiérarques conciliaires d’améliorer les textes. Nous devons particulièrement louer les efforts théologiques de certains évêques pour supprimer certains concepts et termes théologiques ambigus et ajouter des propositions nécessaires, dans le but d’éviter les connotations œcuménistes des textes.

Dans un souci d’objectivité et de vérité, nous mentionnerons certaines modifications fondamentales qui ont été faites dans la bonne direction :

1. Dans un certain nombre des textes a été ajouté, en ce qui concerne les non-orthodoxes, la précision « hétérodoxe » afin qu’apparaisse leur déviation de la foi apostolique orthodoxe et le fait qu’ils ne se trouvent pas en communion avec l’Église orthodoxe[6]. Dans le paragraphe 21 du document « Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien », il est dit clairement que « les Églises et confessions non orthodoxes ont dévié [et non pas « se sont éloignées » selon la traduction française officielle, ndt] de la vraie foi de l’Église une, sainte, catholique et apostolique ». Dans le paragraphe 9 du même document a été ajoutée la disposition suivante : « Il importe que les dialogues théologiques bilatéraux et multilatéraux fassent l’objet d’une évaluation panorthodoxe périodique ». Dans le paragraphe 23 a été inclu l’uniatisme dans les « actes de prosélytisme » et « autres actions provocantes d’antagonisme confessionnel ».

2. Dans le premier paragraphe du chapitre II du texte préconciliaire « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain » a été biffée la référence personnaliste à l’homme « en tant que membre de la communion des personnes reflétant par la grâce, à travers l’unité du genre humain, la vie en la Sainte Trinité et la communion des Trois Personnes »[7].

3. En ce qui concerne la question des mariages mixtes, il est mentionné que « Le mariage entre des orthodoxes et des non-orthodoxes est empêché selon l’acribie canonique (canon 72 du Concile Quinisexte in Trullo[8]) ». Il a néanmoins été donné la possibilité « d’appliquer l’économie ecclésiale… par le Saint-Synode de chaque Église orthodoxe autocéphale[9] ».

III. Néanmoins, après qu’un certain temps se soit passé depuis la convocation du Saint et Grand Concile, nous devons observer avec circonspection et modération certains points du texte « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien » qui, étant ambigus, attendent une formulation plus correcte, afin que soit manifestée la vérité, et que soit donnée satisfaction aux fidèles qui, avec amour et anxiété, attendent notre parole, et aussi que soient évitées les discordes et les situations qui nuisent à l’Église et gênent l’édification du peuple de Dieu.

1. Dans le paragraphe 6, ou il est fait référence aux Églises chrétiennes hétérodoxes qui ne se trouvent pas en communion avec l’Église orthodoxe, il ne suffit que soit entendue tacitement, mais que soit différenciée expressément, leur hétérodoxie par rapport à la vérité apostolique, la foi et la tradition des Conciles œcuméniques. Ainsi est délimitée l’Église par rapport aux hérésies qui usurpent la vérité apostolique. La formulation « Églises chrétiennes hétérodoxes » donne de la place à la théorie anti-orthodoxe selon laquelle les orthodoxes et les catholiques romains « se trouvent dans la situation non pas d’un schisme accompli, mais d’interruption de la communion ecclésiale (absence de communion[10]). Cette théorie englobe les orthodoxes et les catholiques romains dans l’Église Une, et perçoit l’hétérodoxie comme une formulation différente de la foi apostolique elle-même ! Par ailleurs, on connaît le refus constant des catholiques romains de reconnaître l’Église orthodoxe comme Église pleine et réelle, car elle n’est pas unie au Pape et de ce fait est privée de la plénitude de la grâce (Encyclique papale Dominus Jesus, 2000).  

2. Il manque les dispositions qui écarteraient les actes et déclarations qui présentent les hétérodoxes comme disposant d’un baptême et d’un sacerdoce authentiques et leur « Église » comme ayant la grâce salvatrice. Par conséquent, le paragraphe 23 est absolument incomplet, affirmant que le dialogue doit être accompagné « d’actes de compréhension et d’amour mutuels qui expriment “la joie ineffable” » de l’Évangile[selon la traduction française officielle, incomplète : « des actions qui expriment « la joie ineffable de l’Évangile », ndt]. En ce qui concerne la participation des Églises orthodoxes au Conseil œcuménique des Églises (pour laquelle le Mont Athos a déjà déclaré son désaccord), la déclaration du texte conciliaire est, d’une part, positive, à savoir que les Églises orthodoxes « contribuent (on entend par cela « seulement ») par tous les moyens dont elles disposent à la promotion de la coexistence pacifique et de la coopération portant sur les principaux enjeux socio-politiques » (paragraphe 17), mais néanmoins la participation des Églises orthodoxes au COE se base sur la « Déclaration de Toronto » (1950), qui est un texte théologiquement inacceptable. La question se pose alors sérieusement de savoir si, dans la suite du texte, la « Déclaration de Toronto » est entérinée conciliairement comme texte statutaire de référence de l’Église orthodoxe ! En outre est réaffirmée dans le texte la participation des orthodoxes au COE, tandis qu’il manque l’observation nécessaire selon laquelle « les prières communes interconfessionnelles » sont interdites. De même, ne sont pas rejetés les points de vue du COE sur l’Église et sur le Baptême qui ont été adoptées en commun (y compris par les participants orthodoxes[11]).

3. Conformément au texte, les dialogues qui ne parviennent pas à un accord ne sont pas interrompus, mais au contraire, après que l’on a enregistré le désaccord théologique, sont poursuivis (paragraphe 11). Incontestablement, il est juste qu’un dialogue soit mené à terme malgré les difficultés. Toutefois, la poursuite ou l’interruption d’un dialogue n’est pas seulement une question pratique, mais elle a une signification ecclésiologique et sotériologique. Les dialogues infructueux contribuent à émousser la sensibilité dogmatique des théologiens orthodoxes qui y participent ainsi que celle du plérôme orthodoxe. Par conséquent, que signifie « les dialogues continuent » ? En ce qui concerne le thème majeur de l’uniatisme, par exemple. Suffit-il de la simple et louable mention de « l’uniatisme » (paragraphe 23) parmi les formes d’antagonisme confessionnel, alors qu’il est le problème ecclésiologique par excellence qui devait être résolu avant le début du dialogue théologique en 1980 ? En outre, comment sera interprété le problème de l’uniatisme, comme un antagonisme pratique ou comme une aberration théologique ?

4. Les paragraphes 4, 5 et 6, entérinent la participation de l’Église orthodoxe aux dialogues inter-chrétiens et au dialogue œcuménique, et confirment que « la participation orthodoxe au Mouvement pour le rétablissement de l’unité avec les autres chrétiens dans l’Église une, sainte, catholique et apostolique… constitue l’expression conséquente de la foi et tradition apostolique dans des conditions historiques nouvelles » (paragraphe 4). Cette formulation signifie que l’Église orthodoxe ne reconnaît pas les hétérodoxes comme Églises, malgré cette appellationcomme « moyen d’échanges et de communication », mais qu’elle attend avec conséquence, conformément à sa foi apostolique et à sa tradition, leur retour en son sein. Malgré tout, une formulation claire qui déclarerait l’unicité de l’Église, comme celle-ci a souvent été soulignée par des théologiens orthodoxes, par la Sainte Montagne[12], et par Sa Toute-Sainteté le patriarche Bartholomée en la sainte église du Protaton[13] conforterait l’Église orthodoxe en tout lieu ainsi que le plérôme orthodoxe.

5. Après la proclamation juste, dans le quatrième texte conciliaire, selon laquelle « l’Église orthodoxe est l’Église une, sainte, catholique et apostolique[14]… » et la confirmation expresse de l’encyclique que « les dialogues engagés par l’Église orthodoxe n’ont jamais signifié, ne signifient pas et ne signifieront jamais faire des compromis d’aucune sorte en matière de foi[15] », les accords théologiques tels que ceux de la Commission mixte orthodoxes – antichalcédoniens sur la christologie (1989-1990) et de la Commission mixte sur l’ecclésiologie, entre orthodoxes et catholiques romains, à Balamand (1993), ne peuvent être valides, car manifestement, ils constituent des « compromis en matière de foi ».

4. Aujourd’hui, la préservation de l’unité de l’Église est une revendication poignante. On entend à la Sainte Montagne et en d’autres lieux des protestations et, malheureusement, elles se développent jusqu’à des tendances schismatiques. Indubitablement, les ambiguïtés dans les textes conciliaires, dont l’imprécision crée les conditions préalables à leur interprétation œcuméniste et mène, par conséquent, à une crise de l’unité de l’Église. Il est de même difficile, au titre des dialogues théologiques en cours, de faire ressortir « les acquis » des décennies passées. Les textes du Concile doivent dépasser la partialité qui est due au fait qu’ils ont ignoré la tradition théologique forte qu’ont tracée les Pères théophores contemporains et les distingués théologiens, qui ont perçu le cheminement des dialogues œcuméniques comme une déviation œcuméniste. Ce ne sont pas seulement des voix « zélotes », comme on le dit, mais aussi des voix saines qui réclament la parole de vérité pour être convaincues et trouver le calme intérieur.

Toutefois la tendance qui prône « l’interruption de la commémoration » [de la hiérarchie, ndt] n’est pas justifiée dans le cas  présent. Les textes du Saint et Grand Concile ont leurs carences et leurs imperfections. Néanmoins, une déclaration d’union comme à Lyon ou à Florence, n’a pas été signée, et aucun évêque orthodoxe n’a adhéré à une hérésie jugée par l’Église, ni  proclamé « en public » les enseignements hérétiques des hétérodoxes. Un empressement irréfléchi à interrompre la commémoration [de la hiérarchie, ndt] ne réjouirait que les ennemis de l’Église[16].

Nous reconnaissons que Sa Toute-Sainteté le Patriarche œcuménique Mgr Bartholomée a montré un intérêt sans limite à ce que fût exprimée une ecclésiologie orthodoxe pure par le Concile. Nous connaissons la situation martyre de l’Église de Constantinople qui occupe le premier trône, et celle des anciens Patriarcats. Nous espérons néanmoins dans la grâce toute-puissante du Très-saint Esprit. Nos hiérarques, le saint clergé et le pieux peuple n’ont pas perdu la règle de Foi. Nous escomptons avec espoir la révision théologique ultérieure et la formulation plus authentique des textes conciliaires, de telle façon qu’ils correspondent à l’accomplissement de la mission salvatrice de l’Église dans le monde contemporain, conformément à la déclaration des saints Pères du VIIe Concile œcuménique :  « Ainsi que les prophètes ont vu, que les apôtres ont enseigné, que l'Église a reçu la tradition, que les docteurs ont défini, que l'univers a unanimement consenti, que la grâce a resplendi, que la vérité a éclaté… »  Que tous, clercs et laïcs «  pensions ainsi, parlions, prêchions ainsi, honorant le Christ, notre vrai Dieu » !

Soumettant cela en résumé à la considération de Votre Révérence, et priant notre Seigneur Jésus-Christ pour qu’Il éclaire nos hiérarques, lesquels portent le très lourd fardeau de la responsabilité, nous restons vôtre, avec beaucoup d’amour fraternel,

Les membres de la commission :
Hiéromoine Chrysostome de Koutloumousiou
Archimandrite Joseph de Xiropotamou
Archimandrite Élisée de Simonos Petras
Archimandrite Tykhon de Stavronikita
Hiéromoine Luc de Grigoriou






[1] https://www.holycouncil.org/documents.
[2] Synodicon de l’Orthodoxie, Triode, Dimanche de l’Orthodoxie.
[3] Encyclique du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe, III-8.
[4] « L’Église n’est pas seulement Une, mais Unique. Il ne peut y avoir plusieurs corps dans le Seigneur Jésus-Christ. De la même façon, il est impossible qu’existent en Lui plusieurs Églises. Dans Son corps divino-humain, l’Église est Une et Unique, de même que le Dieu-homme, le Christ, est un et unique » (St Justin Popović, Dogmatique de l’Église orthodoxe, cité d’après Orthodoxos Typos, 29.6.2007).
[5] « Chez nous des innovations n'ont pu être introduites ni par les Patriarches, ni par les Conciles; car chez nous la sauvegarde de la religion réside dans le corps entier de l'Église, c'est-à-dire dans le peuple lui-même qui veut que son dogme religieux reste éternellement immuable et conforme à celui de ses Pères » (Encyclique des quatre patriarches orientaux, Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem, mai 1848).
[6] Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien §6.
[7] « La proposition entière de l’Église de Grèce au sujet de l’ontologie de la personne et la communion des personnes a été adoptée par le Saint et Grand Concile ». La phrase entière qui concerne la communion des personnes qui reflètent selon la grâce, par l’unité du genre humain, la vie de la Sainte Trinité et la communion des personnes divines, a été entièrement biffée. Il est simplement resté dans certains points le terme « personne humaine », en vue d’une discussion ultérieure » (Métropolite de Naupacte Hiérothée, Les décisions de la hiérarchie de l’Église de Grèce au sujet du « Saint et Grand Concile » et leur aboutissement, pp. 20-21, septembre 2016,https://aktines.blogspot.nl/2016/09/blog-post 197.html.
[8] Le sacrement du mariage et ses empêchements, 5.i.
[9] Ibid., 5.ii
[10] Episkepsis n° 755 (31.10.2013).
[11] Cf. à ce sujet, le document de la Commission de la Sainte Communauté du Mont Athos sur les questions dogmatiques, « Mémoire au sujet de la participation de l’Église orthodoxe au Conseil Œcuménique des Églises », 18.2.2007.
[12] « Seule notre Église orthodoxe est l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique du Credo, les autres “Églises” hétérodoxes se trouvent dans l’hérésie et l’illusion » (Lettre à Sa Toute-Sainteté le Patriarche Œcuménique Bartholomée, 1/14 novembre 1995).
[13] « L’Église orthodoxe est seule l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique » (21 octobre 2008).
[14] Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien, §1.
[15] Encyclique du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe, VII, 20.
[16] Cf. 15ème canon du Concile Prime-Second, Pedalion, p. 292.